Mardi 18 septembre 2007

La mer. Immense.

Se découpait au loin, sur l’horizon, la silhouette d’une frêle embarcation en bois surmontée d’une voile blanche. Deux hommes à la peau mâte et dorée par le soleil se trouvaient à son bord. L’un était le père de l’autre. Agé d’une quarantaine d’années, le visage joyeux et le corps puissant, Hopléus posa une main affectueuse sur l’épaule de son fils qui sortit alors du rêve dans lequel il s’était évadé. Magon se leva et s’étira en étouffant un bâillement. Il glissa ensuite la lame de son couteau dans la ceinture de son pagne et y attacha fermement une sacoche en cuir. Après avoir échangé un dernier regard avec Hopléus, il se saisit à deux mains d’un bloc de pierre et s’approcha de l’eau dont la surface était aussi claire que calme. L’adolescent inspira une profonde bouffée d’air frais et s’y jeta comme dans les bras d’une amie.

par Guillaume Tenaud publié dans : Récits
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Dimanche 9 avril 2006
Changement de registre aujourd'hui avec cette petite histoire pour enfants écrite il y a quelques temps déjà...

Derrière les paupières...

Quand des fois Louis s’ennuie, quand il ne sait pas quoi faire, quand dehors le ciel est gris, qu’il pleut, quand personne ne veut jouer avec lui au foot, au loup, à la chasse aux vers-de-terre, Louis s’assoit par terre et ferme les yeux.

Il se retrouve alors, comme par magie, transporté au Pôle Nord, en Asie, là où il fait froid, là où il fait chaud, là où il neige, là où il fait beau, dans des endroits qu’il aime, qu’il connait, dans d’autres où il voudrait aller.

Louis peut, s’il le souhaite, conduire un camion, un T.G.V., chevaucher un balais, une comète, piloter un bateau, une fusée. Il peut même aussi, rien qu’avec sa tête, étendre les bras, sauter et s’envoler.

Son imagination est sans limite, il est capable de tout. Cette souris est trop petite ? Hop !, il la transforme en kangourou ! A la maison, sans bouger de chez lui, Louis fait le jour, Louis fait la nuit.

Parfois, quand il rêve d’aventure, de magie, Louis pense alors à un livre, à une histoire dont quelqu’un lui a fait la lecture, un soir, avant d’aller au lit.

Dans l’univers féérique des Mille-et-une-nuits, quarante voleurs le poursuivent soudain. Dans les petites rues de Bagdad, en compagnie d’Aladdin, Louis, sur le dos d’un tapis, vole au secours de Shérazad.

Louis peut également se faire chevalier et rejoindre à Brocéliande Merlin, Arthur et Vivianne la fée. C’est au pays des légendes que Louis, dans son armure, brandit fièrement Excalibur.

Maintenant Louis est un pirate. A bord de son navire, avec l’aide d’une carte, il s’en va découvrir sur une île un trésor, caché tout là-bas, à tribord.

En un clin d’œil, Louis peut aussi devenir un espion, un bandit, un pompier, un footballeur, un cow-boy, un docteur, un archéologue, un indien, un super-héros, un magicien...

Louis peut traverser les murs, Louis peut marcher sur l’eau. Quand il se promène dans la nature, Louis peut parler aux animaux. Quand il ferme les yeux, Louis peut tout, Louis fait ce qu’il veut.


Quand des fois Louis s’ennuie, quand il ne sait pas quoi faire, quand dehors le ciel est gris, qu’il pleut, quand il n’a personne pour jouer avec lui au foot, au loup, à la chasse aux vers-de-terre, Louis ferme les yeux et il est heureux.

par Arronax publié dans : Récits
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Jeudi 22 décembre 2005



















Avant de refermer les pages de ce feuilleton, il me faut remercier trois personnes sans qui cette histoire n'aurait jamais pu voir le jour:


~~> Gérard Berthelot, tout d'abord, qui a superbement illustré les couvertures.

~~> Jacques Dragon, ensuite, qui a d'amblée accepté de publier tous les actes de ce récit à hauteur de 1000 exemplaires chacun.

--> Audrey Dubreuil (la vraie), enfin, pour avoir gentiment prêtée ses traits au personnage.


Entre octobre 2001 et mars 2002, tous ces épisodes ont été diffusés dans la plupart des lieux publics de la ville d'Angers.

Comme évoqué dans l'acte 9, la représentation de "La Leçon", de Ionesco, a bel et bien eu lieu le
jeudi 16 mai à 20h30 à l'Amphigouri de la Fac St Serge. Audrey y incarnait le rôle de l'élève.

Durant ces trois dernières années, Audrey a peu à peu pris ses distances avec le monde du théâtre.

Elle vit désormais près d'Edimbourg, en Angleterre.
 
par Arronax publié dans : Récits
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Mercredi 21 décembre 2005






















Quiberon, le 23 juin


Benjamin,


Je profite de la tranquillité de ce soir d'été pour (enfin) prendre de tes nouvelles et te donner un peu des miennes.

J'espère tout d'abord que tout va bien pour toi et que ta nouvelle affectation à Lyon ne te dépayse pas trop. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils t'ont envoyé là-bas.

Est-ce là leur façon de te remercier pour tout ce que tu as fait pour eux ? Quel prétexte ont-ils inventé pour justifier ton départ ? Nous n'avons même pas eu le temps de nous dire au revoir... Saches toutefois que, malgré la distance, mes pensées t'accompagnent où que tu ailles...

Justement, en parlant de pensées, je te fais parvenir celles-ci de Quiberon où je passe quelques jours en compagnie de mes parents. A ma montre, il est près de 21 h.00 et le soleil disparaît derrière l'horizon. J'ai laissé papa et maman à la résidence et j'écris ces mots en compagnie des vagues qui viennent se briser au pied de mon petit rocher.

Papa, maman... Qui aurait pu croire qu'un jour je pourrais parler d'eux ensemble, au présent et dans la même phrase ? Papa... Ces deux syllabes si longtemps tues me redeviennent peu à peu familières. Nous formons à nouveau tous les trois une famille unie. La réserve qui nous séparait les premiers temps a laissé place au début d'une véritable complicité. Entre un mari et sa femme. Une mère et sa fille. Une jeune femme et son père.

Nous ne parlons presque pas du passé. Papa esquisse mes questions par un sourire (triste ?). Qu'a-t-il subi pendant toutes ces années ? Je trouve qu'il est souvent absent et très fatigué. Cela est-il seulement dû aux effets secondaires de tous les médicaments qu'il prend ? Ou bien y a-t-il autre chose ? Le saurais-je un jour ?

Maman, elle, renaît. Elle a repris goût à la vie et est toujours de bonne humeur. Les traces de son accident semblent avoir complètement disparu. Papa et elle n'arrêtent pas de se jeter des regards fougueux, de se tenir la main et de s'embrasser. Deux adolescents !

Quel dommage que tu n'aies pu assister à la représentation de la pièce. Même si l'on ne peut pas dire qu'il y avait foule, les réactions du public étaient très encourageantes. Ce succès d'estime nous a poussé à accepter l'invitation d'un autre festival et il est donc prévu que Pierre, Marine, Romain et moi allions jouer à Strasbourg à la rentrée de septembre ! Aucune date n'est encore malheureusement prévue dans le Rhône.

Il va désormais falloir que je te laisse car je risque d'être bientôt submergée par les flots. Pardonnes-moi encore une fois d'avoir tant tarder à répondre à tes lettres, mais j'avais besoin de réfléchir un peu. Papa m'a expliquée comment, toi aussi, tu avais été manipulé. Tu ne pouvais pas savoir.

Je souhaite de tout mon cœur que nous puissions nous revoir très bientôt. Nous aussi nous avons beaucoup de choses à rattraper.

Mille baisers,

Ton Odrey


P.S. : Je porte toujours à mon doigt la bague que tu m'as offert cet après-midi là. Demain nous appartient...



par Arronax publié dans : Récits
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Mardi 20 décembre 2005

















Brisée. Anéantie. Désespérée. Trahie. Utilisée. Furieuse… Les adjectifs manquent pour pouvoir exprimer ce que je ressens.
Benjamin… Pas toi… Dites-moi que ce n'est pas vrai, qu'il va revenir…
Il venait de m'offrir une bague. Nous venions juste de faire l'amour.
La surprise a été telle qu'il m'a fallu deux jours avant que je ne réalise complètement et que je ne me mette à pleurer. Deux jours d'hébétude, de torpeur, d'isolement.
Comme je ne suis pas allée à la répétition de jeudi et comme je ne répondais pas à ses appels téléphoniques, inquiète, Marion est passée prendre de mes nouvelles. Je ne voulais pas lui ouvrir mais son insistance a eu raison de ma patience. J'ai bien fait. Il fallait que je parle, que je partage tous ces secrets avec quelqu'un.
Elle s'est assise à côté de moi et elle m'a écouté.


Je m'appelle Audrey Dubreuil. J'ai 22 ans et je suis étudiante. J'habite à Angers. Mon père travaillait pour l'armée sur un projet confidentiel. On m'a toujours dit qu'il était mort. On m'a toujours menti…
Mon père a disparu lorsque j'avais 7 ans et l'armée le recherche. Ma mère et moi étions surveillées en permanence. Elle était au courant mais, pour me protéger, elle me l'a toujours caché. Jusqu'à ce mercredi 20 février, date à laquelle j'ai reçu une enveloppe contenant quatre photos de moi et de mon " ombre ", l'homme qui était chargé de m'espionner.
Depuis ces quatre semaines, les révélations et les évènements se sont enchaînés avec une rapidité stupéfiante. Mon père vivant mais introuvable. Ma mère qui essaie à tout prix de rentrer en contact avec lui. L'arrestation publique par l'armée d'un homme qui cherchait à m'aider. La tentative d'assassinat perpétrée sur ma mère. Son séjour à l'hôpital. Ses révélations. La trahison de Benjamin…


Les larmes se mêlent enfin à mes mots et je m'effondre dans les bras de Marion qui, sidérée, entreprend de me réconforter sans trop bien savoir comment. Me croit-elle seulement ?
Je me sens plus légère, comme délivrée d'un énorme poids. La tension retombe. Je suis fatiguée. Il ne me reste plus qu'à dormir.


Marion a veillé sur moi toute la nuit et sûrement pendant une bonne partie de la matinée. Elle s'est assoupie. Je me lève doucement, sans faire de bruit, et vais dans la cuisine me préparer un copieux petit déjeuner. J'ai besoin de reprendre des forces. Finis les apitoiements et les lamentations. Je suis résolue à en finir une fois pour toute. J'ai assez subi.
A moi d'agir, maintenant.


Pour retrouver mon père - n'ayant pas reçu, depuis deux jours, le coup de téléphone quotidien qui était convenu, ma mère est persuadée qu'ils ont réussi à le récupérer - il me faut retrouver Benjamin. C'est la seule piste que je peux suivre. Quelle singularité, tout de même, que celle de rechercher un être avec qui l'on partageait un peu plus tôt toute son intimité et qui, sans prévenir, vous quitte et redevient un parfait inconnu… Les gens ne sont pas toujours ceux que l'on croie. Il y a un masque derrière chaque visage.
Je contacte tous ses amis et vais dans les lieux qu'il avait l'habitude de fréquenter. Personne ne semble l'avoir vu. Je ne peux même pas compter sur l'aide de sa famille. On a beau être le pire salop du monde, on finit normalement toujours par lui donner signe de vie. Benjamin, lui, n'en a pas. Orphelin de naissance, c'est un enfant de la D.A.S.S.
Il n'a pas d'attache. Rien ne le retient. Où peut-il être ?


A tout hasard, je me déplace jusqu'au secrétariat de la caserne Eblé et demande à parler à l'adjudant-chef Benjamin Provini. Je reprends soudain espoir lorsque la jeune femme m'invite à patienter dans la pièce d'à-côté. J'obéis le cœur battant. Se peut-il qu'il soit ici, à quelques mètres ? Si tel est le cas, que va-t-il se passer ? Comment va-t-il régir ? Et moi ?
La secrétaire vient me voir cinq minutes plus tard pour m'annoncer que Benjamin ne s'est pas présenté à son poste depuis deux jours et qu'il est injoignable. Ma déception est grande. Elle doit s'en apercevoir car elle me propose de prendre le message et de lui transmettre à son retour. Sarcastique, j'ai bien envie de lui répondre qu'elle peut l'attendre longtemps… Je la remercie quand même et quitte l'établissement.


Pense-t-il à moi ? Regrette-t-il son geste ? Si oui, s'il se présentait là, maintenant, tout de suite, et qu'il s'excusait comme personne ne s'est jamais excusé, serais-je capable de ne pas lui pardonner ? J'en doute… Même si ce qu'il a fait est innommable, une partie de moi l'aime encore. Et l'amour rend aveugle.
Et lui ? M'aime-t-il ou a-t-il seulement joué un rôle ? C'est lui qui a rompu, il y a trois mois. S'est-il remis avec moi uniquement pour savoir où était mon père ? Lui en a-t-on donné l'ordre ?


Il est 19h24. La nuit va bientôt tomber. Dans le bus qui me ramène à mon appartement, les gens semblent tous perdus dans leurs pensées.
Les lampadaires du boulevard Foch s'allument en même temps. Dans leurs voitures, les automobilistes sont pressés de rentrer chez eux. Impatients, je les vois guetter nerveusement l'instant où le feu tricolore passera au vert.
L' " arbre à souhaits " se dresse toujours là, sur le parvis de l'hôtel de ville. Je me force à détourner les yeux car je sens que je vais encore pleurer. J'ai fait le vœu que cette journée ne s'achève jamais…
Aujourd'hui, je prie de toutes mes forces pour que celle-ci se termine au plus vite.


Je descends place François Mitterrand et traverse le boulevard Ayrault en courant, sans me préoccuper des voitures.
La détresse me rattrape sans que je puisse la semer. Autour de moi, les piétons me regardent avec curiosité. Je ne leur prête aucune attention. Tout ce que je veux, c'est être seule. Je n'ai besoin de personne.
Marion m'a laissé un mot dans lequel elle écrit que je peux la joindre à n'importe quelle heure sur son portable. Elle me conseille aussi d'être forte et m'assure que tout va finir par s'arranger.
Si elle le dit…


Quand j'étais petite et que quelque chose n'allait pas, j'avais l'habitude de m'enfermer dans les toilettes et d'y rester des heures. Je m'y sentais en sécurité. J'ai dû commencer à faire ça vers 3-4 ans, et je me souviens que ça plongeait mes parents dans des états pas possibles. Ils hurlaient à tout va, tapaient contre la porte et finissaient par se disputer à propos de tout et de rien. Ma mère m'a emmené chez un psychologue pour enfant qui ne m'a rien trouvé d'anormal. Mon père a fini par démonter la serrure.
Quinze ans plus tard, pourtant, les toilettes demeurent pour moi la pièce la plus sûre de toute la maison…
Le téléphone se met soudain à crier et me fait sursauter. Ce doit encore être Marion. Bien que je sache pertinemment que mon attitude ne va faire que l'inquiéter davantage, je ne vais pas décrocher et laisse le téléphone sonner. Le répondeur prend le relais :
" Bonjour, vous êtes bien chez Audrey Dubreuil… Veuillez parler tout seul…
(BIP)
_ Rendez-vous ce soir à 23h00 précises, parking de la Chédditière à l'E.T.A.S., après Montreuil-Juigné. C'est sur la route de Laval. Venez seule. "


22h16. 22h17. 22h18. 22h19.
22h20. Je prends mes clefs de voiture et referme la porte de l'appartement.
22h21. Je monte dans ma Twingo et démarre.
22h23. Je suis sur la rocade.


Je conduis sans réfléchir. Je me suis déjà posé beaucoup trop de questions. Maintenant, je fais ce que l'on me dit de faire. Je n'ai plus rien à perdre.
Rond-point de Beaucouzé. Je prends en face. Il n'y a pas grand monde sur la route. Tant mieux. Je déteste conduire de nuit. Je baisse le chauffage et éteins l'autoradio. Je ralentis un peu.
Le message m'a surprise, je dois bien l'avouer, mais pas tant que ça. Je crois que je m'y attendais un peu. Ça ne pouvait pas se terminer ainsi.
J'avale les kilomètres et arrive à Montreuil. Nouveau rond-point. Cette fois-ci, je tourne à gauche. Direction Laval.
Je jette un coup d'œil à l'horloge. Il est 22h44 et… Zut ! , j'ai raté la sortie. C'était juste là…
Je poursuis ma route et m'en vais faire demi-tour plus loin avant de revenir sur mes pas. Le panneau est gigantesque. Je m'arrête pour pouvoir en lire le contenu. Les quatre premiers mots me confirment que je ne me suis pas trompé d'endroit :

" MINISTERE DE LA DEFENSE.
-> Service des programmes d'armement terrestre.
-> Direction des centres d'expertises et d'essais. "


Je continue et me retrouve devant un grand parking entièrement désert. Derrière le grillage, je devine au loin les silhouettes imposantes de plusieurs bâtiments. Devant l'entrée il n'y a aucune sentinelle qui monte la garde. Je ne sais pas quoi faire.
J'avance encore jusqu'à une autre pancarte qui m'indique que le parking que je cherche - celui de la Chédditière - se trouve sur ma gauche. Il est 22h48.


J'attends. Par prudence, pour que personne d'autre que la personne avec laquelle j'ai rendez-vous ne sache que je suis là, j'ai éteins les phares. L'aire de stationnement, beaucoup plus petite que la précédente, est délimitée entre, derrière moi, des pavillons d'habitation, à ma droite, les bâtiments militaires et, devant moi, un terrain vague. Qui va venir ?
Je n'aurais pas dû me montrer aussi curieuse. En un instant, arrivés de je ne sais où, une escouade de près de cinquante hommes prend possession des lieux et encercle ma voiture. Je suis tétanisée. Les militaires ont tous l'arme au poing. Et ils la pointent vers moi.
Sans réfléchir, je me jette sur mon sac-à-main à la recherche de mon téléphone portable. Je dois prévenir la police. Je n'ai dit à personne que j'étais là. Quelle idiote !
Je m'apprête à composer le numéro lorsque quelqu'un frappe à la vitre. Je lève la tête et c'est comme si un fantôme se tenait devant moi. Il est là, et il a ce même visage dénué de toute expression qu'il arbore sur les photos. La dernière fois, j'avais réussi à lui échapper.
Ce soir, ça risque d'être plus difficile…


Je repose le téléphone, ouvre la portière et sors de la voiture. Le vent glacial de ce soir de mois de mars m'atteint de plein fouet. Je frémis. Contre toute attente, l'un des soldats se penche à l'arrière de la Twingo et me tend mon manteau. Je le remercie d'un signe de tête et le passe sur mes épaules frigorifiées.
Sans mot dire, on me fait comprendre d'avancer. Je marche donc droit devant moi, en direction du terrain vague. Les autres me suivent. Je remarque avec soulagement qu'ils ont baissé leurs armes.
Nous abandonnons l'asphalte du parking pour de la terre humide et boueuse. Je manque plusieurs fois de tomber.
" Stop ! "
La voix de l'homme des photographies retentit de façon autoritaire et je m'exécute immédiatement. Il s'approche de moi et consulte sa montre. Nous sommes côtes à côtes. Réalise-t-il que, pour la première fois depuis des années, il n'a pas besoin de se tenir dans mon ombre et de se cacher ?
" Il arrive. "
Je perçois soudain comme un bruit sourd qui devient de plus en plus fort au fur et à mesure qu'il se rapproche mais je n'arrive pas à distinguer d'où il peut provenir. Mon voisin lève la tête.


L'hélicoptère se pose à quelques dizaines de mètres de nous dans un vacarme assourdissant. C'est la première fois que j'en vois un d'aussi près.
Les pales ont l'air de tourner de moins en moins vite. La porte de derrière coulisse lentement. A l'intérieur de l'appareil, je reconnais les deux hommes qui comptent le plus pour moi dans ma vie. Je crois rêver.
Benjamin aide mon père à descendre…

Fin (?)

par Arronax publié dans : Récits
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