Mercredi 21 décembre 2005






















Quiberon, le 23 juin


Benjamin,


Je profite de la tranquillité de ce soir d'été pour (enfin) prendre de tes nouvelles et te donner un peu des miennes.

J'espère tout d'abord que tout va bien pour toi et que ta nouvelle affectation à Lyon ne te dépayse pas trop. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils t'ont envoyé là-bas.

Est-ce là leur façon de te remercier pour tout ce que tu as fait pour eux ? Quel prétexte ont-ils inventé pour justifier ton départ ? Nous n'avons même pas eu le temps de nous dire au revoir... Saches toutefois que, malgré la distance, mes pensées t'accompagnent où que tu ailles...

Justement, en parlant de pensées, je te fais parvenir celles-ci de Quiberon où je passe quelques jours en compagnie de mes parents. A ma montre, il est près de 21 h.00 et le soleil disparaît derrière l'horizon. J'ai laissé papa et maman à la résidence et j'écris ces mots en compagnie des vagues qui viennent se briser au pied de mon petit rocher.

Papa, maman... Qui aurait pu croire qu'un jour je pourrais parler d'eux ensemble, au présent et dans la même phrase ? Papa... Ces deux syllabes si longtemps tues me redeviennent peu à peu familières. Nous formons à nouveau tous les trois une famille unie. La réserve qui nous séparait les premiers temps a laissé place au début d'une véritable complicité. Entre un mari et sa femme. Une mère et sa fille. Une jeune femme et son père.

Nous ne parlons presque pas du passé. Papa esquisse mes questions par un sourire (triste ?). Qu'a-t-il subi pendant toutes ces années ? Je trouve qu'il est souvent absent et très fatigué. Cela est-il seulement dû aux effets secondaires de tous les médicaments qu'il prend ? Ou bien y a-t-il autre chose ? Le saurais-je un jour ?

Maman, elle, renaît. Elle a repris goût à la vie et est toujours de bonne humeur. Les traces de son accident semblent avoir complètement disparu. Papa et elle n'arrêtent pas de se jeter des regards fougueux, de se tenir la main et de s'embrasser. Deux adolescents !

Quel dommage que tu n'aies pu assister à la représentation de la pièce. Même si l'on ne peut pas dire qu'il y avait foule, les réactions du public étaient très encourageantes. Ce succès d'estime nous a poussé à accepter l'invitation d'un autre festival et il est donc prévu que Pierre, Marine, Romain et moi allions jouer à Strasbourg à la rentrée de septembre ! Aucune date n'est encore malheureusement prévue dans le Rhône.

Il va désormais falloir que je te laisse car je risque d'être bientôt submergée par les flots. Pardonnes-moi encore une fois d'avoir tant tarder à répondre à tes lettres, mais j'avais besoin de réfléchir un peu. Papa m'a expliquée comment, toi aussi, tu avais été manipulé. Tu ne pouvais pas savoir.

Je souhaite de tout mon cœur que nous puissions nous revoir très bientôt. Nous aussi nous avons beaucoup de choses à rattraper.

Mille baisers,

Ton Odrey


P.S. : Je porte toujours à mon doigt la bague que tu m'as offert cet après-midi là. Demain nous appartient...



par Arronax publié dans : Récits
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