Trouva-t-elle en lui une histoire dont elle se fit la lectrice?

Rentrée des classes oblige, j'ai moi aussi ressorti mon cartable afin de vous dépeindre à raison d'un ou deux par semaine, non pas par des pinceaux mais avec mon stylo, quelques portraits de personnages plus ou moins imaginaires...
Une maison, quelque part. Devant l’âtre de la cheminée, au crépuscule de sa vie, un photographe redécouvre, dans un grand album blanc, quelques vieux clichés empruntés au temps. Alors qu’il tourne les pages, qu’il refait connaissance avec ces visages, ces regards oubliés, un paysage retient toute sa curiosité.
1978 ; la scène aurait pu paraître quelconque, ordinaire, mais le ciel était si bleu et la mer si claire qu’en ce soir de printemps, sur cette plage de Quiberon, les éléments avaient fait de ce décor un spectacle d’exception. Un petit point est dessiné sur l’horizon, une femme qui, au loin, regarde dans sa direction. Qu’elle semble belle, perdue, seule, dans cette immensité. Il regrette soudain de ne jamais l’avoir remarquée.
Qui est-elle ? Qu’est-elle devenue, maintenant ? Est-elle mariée, a-t-elle eu des enfants ? Et lui ? S’il avait pu lui parler, la connaître, qui sait ce qu’il serait aujourd’hui, peut-être…
La mer. Immense.
Se découpait au loin, sur l’horizon, la silhouette d’une frêle embarcation en bois surmontée d’une voile blanche. Deux hommes à la peau mâte et dorée par le soleil se trouvaient à son bord. L’un était le père de l’autre. Agé d’une quarantaine d’années, le visage joyeux et le corps puissant, Hopléus posa une main affectueuse sur l’épaule de son fils qui sortit alors du rêve dans lequel il s’était évadé. Magon se leva et s’étira en étouffant un bâillement. Il glissa ensuite la lame de son couteau dans la ceinture de son pagne et y attacha fermement une sacoche en cuir. Après avoir échangé un dernier regard avec Hopléus, il se saisit à deux mains d’un bloc de pierre et s’approcha de l’eau dont la surface était aussi claire que calme. L’adolescent inspira une profonde bouffée d’air frais et s’y jeta comme dans les bras d’une amie.
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